L’ESR de nouveau utilisé comme variable d’ajustement budgétaire

L’ESR de nouveau mis à contribution pour financer les aides à l’énergie

Le gouvernement s’apprête à prendre par décret de nouvelles mesures d’économies qui toucheront lourdement le budget de l’État. Selon les informations publiées par Public Sénat, l’exécutif prévoit de geler 3,2 milliards d’euros de crédits et d’annuler 847 millions d’euros supplémentaires, dans un contexte où 2,2 milliards d’euros d’économies sont aussi annoncés sur le budget de la Sécurité sociale. Dans cette mécanique budgétaire, l’Enseignement supérieur et la Recherche (ESR) apparaît une nouvelle fois parmi les secteurs les plus exposés.

Pour la communauté universitaire, ces décisions ne sont pas abstraites. Elles s’ajoutent à une situation déjà dégradée : la mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (MIRES) avait déjà subi en 2025 une annulation de 493,27 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 386,84 millions d’euros en crédits de paiement, dont 56 millions d’euros pour les formations supérieures et la recherche universitaire. Cette nouvelle vague de gels et d’annulations confirme donc une tendance lourde : l’ESR sert de variable d’ajustement budgétaire.

Un budget déjà sous tension

Le budget 2026 de l’ESR avait pourtant été présenté comme en progression, mais cette hausse restait très limitée. Le programme 150, consacré à l’enseignement supérieur public, atteignait 15,59 milliards d’euros en crédits de paiement, soit une hausse de seulement 1%. Dans le même temps, le programme 231 « Vie étudiante » était annoncé à 3,22 milliards d’euros, en baisse de 0,79%, avec notamment une diminution de 1,49% des bourses sur critères sociaux, ramenées à 2,32 milliards d’euros.

Autrement dit, avant même les gels et annulations décidés aujourd’hui, le budget de l’ESR demeurait très fragile. Les marges de manœuvre étaient déjà limitées, alors que 80% des universités avaient présenté un budget initial déficitaire en 2025, selon les éléments rappelés dans la presse spécialisée. Les nouvelles coupes aggravent donc un sous-financement structurel, plutôt qu’elles ne corrigent une dérive passagère.

Une logique politique contestable

Le gouvernement justifie ces décisions par la nécessité de financer les aides à l’énergie dans un contexte international tendu. Mais pour les personnels et les étudiant·es, le message est clair : les services publics d’enseignement supérieur et de recherche paient la facture d’arbitrages décidés dans l’urgence. Les secteurs régaliens comme les Armées et la Justice sont préservés, tandis que les autres ministères doivent absorber l’essentiel de l’effort.

Cette logique est particulièrement préoccupante pour les universités, les laboratoires et les CROUS. Les gels de crédits peuvent se traduire par des reports de dépenses, des restrictions de fonctionnement, des retards dans les recrutements et une dégradation des conditions de travail et d’étude. En pratique, cela signifie moins de moyens pour assurer les missions quotidiennes du service public, alors même que la demande sociale pour l’ESR ne cesse d’augmenter.

Ce que cela implique pour les établissements

L’impact n’est pas seulement comptable. Dans un budget où le programme 150 représente 15,59 milliards d’euros et où le programme 231 pèse 3,22 milliards d’euros, toute ponction supplémentaire se répercute immédiatement sur les établissements. Les universités, déjà confrontées à l’augmentation des coûts de l’énergie, de la masse salariale et de la maintenance, devront absorber de nouvelles contraintes sans moyens supplémentaires.

La recherche publique est elle aussi concernée. La MIRES regroupait en 2025 16,7 milliards d’euros de crédits budgétaires pour la recherche, en baisse de 2,4% par rapport à 2024. Dans ce contexte, un nouveau gel ou une nouvelle annulation de crédits n’est pas une simple mesure technique : c’est un signal politique défavorable à la recherche, à l’enseignement supérieur et à la réussite étudiante.

Un contexte déjà dégradé

À Besançon, la situation budgétaire de l’université montre bien la fragilité du modèle actuel. L’Université de Franche-Comté a déjà alerté sur un budget 2025 en déficit de 3,4 millions d’euros, avec 4,2 millions d’euros de mesures salariales non compensées par l’État et plus de 9 millions d’euros de charges supplémentaires absorbées depuis 2022. Dans ce contexte, toute nouvelle baisse ou tout nouveau gel de crédits a des effets immédiats : elle réduit les marges de manœuvre, bloque des investissements et accroît la pression sur les services essentiels.

Conséquences probables pour notre université

Pour une université comme l’Université Marie & Louis Pasteur, les effets les plus probables sont très concrets. D’abord, la capacité à financer les dépenses courantes serait fragilisée : énergie, maintenance, fonctionnement des bibliothèques, heures complémentaires, remplacements et achats pédagogiques risquent d’être comprimés. Ensuite, les investissements déjà reportés pourraient être à nouveau différés, notamment la rénovation thermique des bâtiments, pourtant indispensable au regard des coûts énergétiques. Enfin, la tension sur les moyens peut conduire à limiter l’accueil de nouveaux bacheliers, à réduire certains services aux étudiants ou à ralentir les projets de recherche et de vie universitaire.

La FSU et le SNASUB-FSU refuse que l’Enseignement supérieur et la Recherche servent de caisse de rabot budgétaire. Faire financer les aides à l’énergie par de nouvelles ponctions sur l’ESR, c’est tourner le dos à l’avenir du pays. L’université et la recherche ne coûtent pas : elles forment, elles innovent, elles irriguent les territoires, elles préparent les transitions dont la société a besoin.

Assez des arbitrages à courte vue. L’ESR n’est pas une réserve d’économies, c’est un investissement stratégique, au même titre que l’école, l’hôpital ou la transition écologique. Le sous-financement chronique fragilise déjà les établissements, les personnels et les étudiant·es ; y ajouter de nouvelles coupes, c’est choisir l’affaiblissement du service public au lieu de préparer l’avenir.

Nous exigeons un autre choix budgétaire : le maintien intégral des crédits de l’ESR, des moyens pérennes à la hauteur des besoins, et un financement public qui cesse de faire reposer l’urgence sur ceux qui tiennent l’université à bout de bras. L’enseignement supérieur et la recherche doivent être consolidés, pas ponctionnés. C’est une question de cohérence, de justice sociale et de souveraineté intellectuelle.