Budget 2026

Le budget 2026 de l’ESR s’inscrit dans une logique d’austérité renforcée : les crédits progressent à la marge en valeur, mais reculent en réalité une fois l’inflation et les charges non compensées intégrées, ce qui plonge une majorité d’universités dans le déficit et les oblige à réduire l’offre de formation, les moyens de la vie étudiante et les emplois.

Le budget 2026 de la mission ESR augmente très faiblement, autour de 0,6% pour les grands programmes qui concernent les formations universitaires, la vie étudiante et la recherche pluridisciplinaire, soit beaucoup moins que l’inflation prévue. Le programme 150, qui finance les formations supérieures et la recherche universitaire, atteint environ 15,6 milliards d’euros et ne progresse que d’environ 1% par rapport à 2025, ce que le ministère présente comme une « poursuite de l’effort » mais qui constitue en réalité une baisse en euros constants. Le programme 231 « Vie étudiante » est le seul de la mission à voir ses crédits diminuer, ce qui fragilise directement les politiques sociales étudiantes au moment où la précarité étudiante atteint des niveaux records. La FSU parle d’un « budget de guerre sociale » pour 2026, dénonçant un effort demandé en priorité aux services publics, dont l’éducation et l’enseignement supérieur.

En 2026, la situation financière des universités franchit un seuil critique, avec près de 60 établissements sur 70 qui anticipent un budget en déficit, un niveau jugé inédit par les représentant·es d’établissements. Selon France Universités, 54 universités sur 75 se trouvent déjà en déficit, et « inéluctablement, toutes les universités seront en déficit » si rien n’est fait pour compenser les charges imposées sans financement. Les dépenses non compensées (hausse des pensions, protection sociale complémentaire, dérive salariale, énergie) dépassent 500 millions d’euros, s’ajoutant à environ 360 millions d’euros déjà reconduits depuis 2025, ce qui retire toute marge de manœuvre aux établissements. Des universités comme Le Mans ou Bordeaux évoquent des déficits de plusieurs millions et des manques de l’ordre de 20 millions d’euros, avec à la clé des risques de fermeture d’antennes et de restructurations brutales.

Face à cette asphyxie, les universités multiplient des arbitrages qui dégradent le service public : gels ou suppressions de postes, recours accru aux vacataires, réduction des volumes horaires et renoncement à certaines ouvertures d’emplois BIATSS. Les établissements réduisent les capacités d’accueil et suppriment des places en licence, comme à Rouen où plus de 600 places pourraient disparaître dès 2026, ou à Lille où un déficit de 45 millions pourrait entraîner la suppression de centaines de places. La vie étudiante devient la variable d’ajustement : contraction des crédits pour l’accompagnement social, les dispositifs de réussite, la culture et la santé, dans un contexte de recul budgétaire du programme 231. Pour les personnels, le gel du point d’indice et l’absence de mesures catégorielles, dans un cadre d’économies globales de 40 milliards sur la dépense publique, signifient une dégradation continue du pouvoir d’achat et une crise d’attractivité des métiers.

En 2026, l’« autonomie » universitaire se réduit à gérer la pénurie : la subvention pour charge de service public stagne tandis que les charges incompressibles augmentent, ce qui oblige les équipes dirigeantes à arbitrer entre masse salariale, fermeture de formations et abandon de missions. Plusieurs analyses convergent pour dire que la trajectoire actuelle entérine une dégradation structurelle du potentiel scientifique et pédagogique, avec une augmentation du recours à des financements externes, des appels à projets et des partenariats qui accentuent la mise en concurrence des établissements. Pour les étudiant·es, la combinaison de la précarité sociale, de la réduction des capacités d’accueil et de la baisse des crédits de vie étudiante remet en cause l’égalité d’accès aux études supérieures, notamment dans les territoires déjà fragiles. Pour les personnels, BIATSS comme enseignant·es-chercheur·ses, la logique d’austérité se traduit par une intensification du travail, la montée de la précarité contractuelle et la remise en cause des conditions d’exercice des missions de service public.